jeudi 9 février 2017

Etre une femme en 1785 à Prémont en Cambrésis

Ces derniers temps, cessant de faire l’abeille, je me suis plongée dans un gros registre du village de Prémont en Cambrésis (dans l’Aisne), berceau d’une branche de ma famille maternelle. Nous sommes en 1785. Prémont est un bourg de 1400 âmes. Je regarde tous les actes un à un, en cherchant les noms de mes ancêtres. Les actes de baptême et d’inhumation sont assez courts. Seuls, les actes de mariage, qui fournissent les noms des parents des deux futurs époux et citent au moins quatre témoins, sont un peu plus longs à lire.

Soudain, au détour d’une page, je tombe sur un acte de naissance inhabituellement long. Ce n’est pas un acte de baptême ordinaire.

Le 5 septembre 1785, le curé, Jacques François Locquet, est appelé en urgence au château de Prémont pour ondoyer un nouveau-né, une fille, à cause du péril de mort. L’enfant est née du légitime mariage de Messire Pierre Hubert de Sart, chevalier, seigneur de Nielles et autres lieux, lieutenant du roy des provinces de Flandres, Hainaut, capitaine au régiment de Duffort Dragon et de Dame Marie Antoinette Charlotte Josephe de Sart, son épouse. Les témoins sont : Charles François de Sart, chevalier, seigneur de Prémont, Elincourt, Villers Guillain, pair de Cambresis, ayeul maternel de l’enfant, de Messire Louis Charles Ignace Van Cappel de la Nieppe, député de la noblesse du Cambrésis et d’Ambroise Domail, chirurgien juré demeurant à Bohain aussi de ce diocèse, qui a certifié de la nécessité du baptême. Toutes les personnes présentes ont signé.

Voilà du beau monde ! Contrairement à beaucoup de mes ancêtres illettrés, les châtelains étaient instruits. Après un petit coup d’œil sur internet pour connaître l’histoire du château de Prémont, j’apprends qu’il y avait d’abord une forteresse importante, détenue par le seigneur Gilles de Prémont, qui a été détruite en 1553 par les troupes d’Henri II. Un second château, construit par Nicolas Le Sart vers 1620 l’a remplacée. La terre de Prémont appartenait toujours à la famille Le Sart au moment de la Révolution. Mais finalement, le château-fort, qui possédait quatre tours rondes, a été détruit en 1794.

J’essaye d’imaginer le village à cette époque, en me basant sur d’autres châteaux de ce type qui ont été reconstruits ou restaurés, comme Blandy-les-Tours, en Seine et Marne (du côté de ma famille paternelle). L’église Saint-Germain, dans laquelle officiait le curé Locquet, a été entièrement détruite en 1918, mais elle a été reconstruite en 1920.

L'église Saint Germain de Prémont
 https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Pr%C3%A9mont_(Aisne)_%C3%A9glise.JPG#/media/File:Pr%C3%A9mont_(Aisne)_%C3%A9glise.JPG


 En outre, une rue qui porte le nom de « La Maladrerie » indique qu’il y avait à cet emplacement un hôpital.

Je ne sais pas si la petite fille née au château, qui n’avait pas encore reçu de nom de baptême, a survécu. Il faudra que je feuillette à nouveau le registre, maintenant que je connais le début de son histoire. Mais j’ai trouvé à Prémont autour de la même période deux actes d’inhumation qui révèlent le danger que représentait alors un accouchement à la maison. Voici en résumé ces deux actes :

Le 2 février 1785, a été inhumé le corps de Marie Anne Josephe de Vaillÿ, décédée d’hier, âgée d’environ 19 ans, épouse de Charles François Quennesson, mulquinier. Et le 2 février également a été inhumé le corps d’un garçon né et décédé le même jour, après avoir été ondoyé dans l’incertitude de vie par Michel Crinon, chirurgien de cette paroisse (…) fils de Charles François Quennesson, mulquinier et de Marie Anne Josephe Devaillÿ, ses père et mère. Pauvre Marie Anne Josephe ! Son premier accouchement lui a été fatal ! Ce Charles François Quennesson est mon sosa 110. Il n’a pas tardé à se remarier, le 6 septembre de la même année, avec Marie Rose Célestine Piette, fileuse, qui lui a donné au moins trois enfants !

J’ouvre une petite parenthèse sur l’origine du nom de famille « Quennesson ». D’après Geneanet, c’est un nom d’origine germanique formé par suffixation à partir de Cuene (= brave). Moi, j’aurais cru qu’il venait de « canasson » qu’on dit d’un mauvais cheval ! Je préfère évidemment l’étymologie proposée par Geneanet, encore qu’elle me semble un peu tirée par les cheveux…

Je reviens à Prémont. Le curé termine chaque année son registre en rappelant qu’il a bien publié tous les trois mois au prône de la messe paroissiale l’édit du roi Henri II de février 1556.
« Je soussigné prêtre curé de la paroisse de Saint Germain de prémont en cambrésis, diocese de noÿon certifie avoir publié au prône de notre messe paroissiale l’édit du roi henri second de 1556 le dimanche qui a precedé les quatres temps de chaque saison de cette presente année à Prémont ce trentunieme jour du mois de decembre l’an mil sept cents quatre vingt quatre ».

BnF Gallica http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8620797t

De quoi s’agissait-il donc ? J’ai été voir sur internet et j’ai découvert des informations surprenantes à propos du fameux édit du roi Henry II sur le blog de Fred « GénéaBlogique » http://geneablogique.blogspot.fr/2011/12/ledit-du-roi-henri-ii.html

Cet édit vise les femmes qui, ayant celé leur grossesse et leur accouchement, ont laissé périr leurs enfants sans leur avoir fait donner le sacrement de baptême ni une sépulture coutumière des chrétiens. Le roi insiste sur la gravité du crime d’infanticide (homicide). Les sanctions envers les mères reconnues coupables sont très radicales : ces femmes encourent la peine de mort !

"statué et ordonné, et par édit perpétuel, loi générale et irrévocable, de notre propre mouvement, pleine puissance et autorité royale, disons, statuons, voulons, ordonnons et nous plaît, que toute femme qui se trouvera deuement atteinte et convaincue d'avoir celé, couvert et occulté, tant sa grossesse que son enfantement, sans avoir déclaré l'un ou l'autre, et avoir prins de l'un ou de l'autre témoignage suffisant, même de la vie ou mort de son enfant, lors de l'issue de son ventre, et qu'après se trouve l'Enfant avoir esté privé tant du saint sacrement de baptême, que sépulture publique et accoutumée, soit telle femme tenue et réputée d'avoir homicide son Enfant. Et pour réparation, punie de mort et dernier supplice"

L’Eglise toute-puissante n’était pas tendre avec les pauvres femmes naïves qui se trouvaient enceintes hors mariage et ne pouvaient pas garder et élever seules leur enfant. La peine de mort a été abolie, mais la sévérité des juges (majoritairement masculins) vis-à-vis des femmes enceintes qui souhaitaient se débarrasser d'un enfant non désiré ne s'est pas affaiblie. Cette situation a perduré des siècles, jusqu’à la loi de Simone Veil du 17 janvier 1975 légalisant en France l’interruption volontaire de grossesse. Certains voudraient même revenir sur ce droit, qui d’ailleurs n’est pas acquis dans bien des pays du monde.



jeudi 26 janvier 2017

Un beau mariage

Tout d’abord, je présente mes meilleurs vœux à tous mes amis et lecteurs généalogistes. Que cette nouvelle année vous apporte de belles trouvailles, d’intenses satisfactions, des déblocages, et plein de bonnes raisons de poursuivre et d’approfondir la recherche de vos racines familiales !

L'abbaye de Royaumont
(collection personnelle)

Vous avez peut-être remarqué que j’ai ralenti le rythme de parution de mes billets sur ce blog. Je n’ai pas arrêté mes recherches pour autant, mais plus on avance, plus le chemin est difficile…
En ce début d’année, j’éviterai de prendre des résolutions, car je n’ai pas tenu celles prises l’année dernière. Je suis plutôt du genre « abeille », butinant à droite et à gauche au fil de mon humeur. Et parfois, cela me réussit !
J’espérais pouvoir vous faire partager aujourd’hui mes dernières découvertes, mais la pêche a été maigre. Pourtant, ce mois de janvier glacial est idéal pour faire de la généalogie au chaud à la maison !
J’ai donc décidé de faire le point.
Je m’étais jusqu’ici obstinée à remonter ma branche paternelle en Seine et Marne. Mais où en suis-je de ma branche maternelle ? J’ai imprimé avec Heredis un « arbre de travail » de 27 pages, très lisible. Et pour changer, j’ai orienté mes recherches vers une branche maternelle (qui comportait beaucoup de cases vides) dans le département de l’Aisne, en particulier dans le village de Prémont, au nord de Saint-Quentin (Bienvenue chez les Ch’tis).
J’y ai trouvé le nom et l’acte de décès de mes sosa 98 et 99 puis, à la génération précédente, le nom de mes sosa 194, 195, 196 et 197. Je cherchais leurs actes de mariage, mais dans les années 1785, pas de tables décennales ni même de tables récapitulatives annuelles dans les registres. Pas d’autre solution que de lire (ou du moins feuilleter virtuellement) tous les actes. J’ai alors décidé de privilégier les actes de mariages, les plus fiables et les plus riches en informations (c’était une de mes résolutions de l’an dernier).
C’est ainsi, en butinant, que je suis tombée sur un acte de mariage pas tout à fait comme les autres. Ce ne sont pas des gens de ma famille, mais je vous raconte leur histoire.


AD de l'Aisne, registre de Prémont,  p. 123/240
5Mi1421-1781-1790

Cela se passe en août 1786 à Prémont, dans le Cambrésis, au nord de Saint-Quentin. Le jeune couple : Jean Charles Louis Dumoutier, fils d’un fermier, et Marie Catherine Blutte, issue d’une famille de « mulquiniers »[1] a obtenu une dispense des deuxième et troisième bans. Je suppose que la fiancée est enceinte et que le mariage presse. Une seule publication d’un ban pour première et dernière publication vu la dispense de deux bans accordée par « Monsieur de la Croix vic. gen. de monseigneur l’illustrissime et reverendissime eveque comp de noyon pair de France paraite du sept dudit mois d’aoust et an, signé delacroix vic. gen.  contresigné blancheville secret et dûment insinué au greffe des insinuations ecclesiastiques, en date dud. jour et an signé martin, lequel acte est resté en nos mains : le tout sans nulle opposition d’aucun empéchement soit civil, soit canonique… »   
Mais bien que le mariage soit célébré à Prémont, ce n’est pas le curé qui officie, c’est Dom Théodore du Moutier, religieux de l’abbaye de Royaumont, ordre de Citeaux, diocèse de Beauvais, avec la permission de Monsieur le Curé de cette paroisse (de Prémont) présent et consentant audit mariage.
Je pense que c’est un proche de l’époux, peut-être son frère, mais rien n’est précisé dans l’acte.
Parmi les témoins figure l’oncle de l’époux, Pierre du Moutier, mulquinier.
Je suppose que la règle stricte ne permettait pas aux religieux de célébrer des mariages dans leur abbaye à Royaumont (dommage !), mais ce moine a eu la chance de pouvoir célébrer lui-même le mariage d’un de ses proches. J’imagine qu’il a été invité ensuite aux festivités avant de retrouver sa cellule et sa vie de prière…





[1] Le mulquinier est un ouvrier tisserand qui fabrique des étoffes de batiste et de linon, ou celui qui s’occupe des préparations et du commerce des plus beaux fils, particulièrement de ceux qui sont propres à la fabrication des dentelles.

jeudi 15 décembre 2016

Une âme de collectionneur

Plaques de vélo (collection particulière)

En faisant quelques rangements à l’approche des fêtes de fin d’année, je suis tombée sur un sac contenant des objets divers provenant de chez mes parents après leur décès. Je n’avais jamais eu le courage de les trier. J’ai tiré du sac les objets les plus hétéroclites : des billes, des osselets, des attaches parisiennes, des porte-plumes, des mines de crayon, des gommes, des porte-clés faisant loupe, un jeu de cartes, et j’en passe…
 Il y avait aussi des boîtes contenant des pièces de monnaie n’ayant plus cours, de France et de l’étranger. Et parmi elles, de jolies pièces en argent émises par la Monnaie de Paris à l’occasion de divers événements. Une pièce d’argent de 100 F, que j’ai sous les yeux, émise en 1994, commémore la Libération de Paris, avec le général de Gaulle marchant en tête de ses troupes sur les Champs-Elysées. Une pièce, déjà un peu noircie, émise en 1982, représente le Panthéon avec la devise : « Aux grands hommes la patrie reconnaissante ». Une autre, émise en 1993, commémore le bicentenaire du musée du Louvre. D’autres ont été émises en mémoire d’un homme célèbre : Emile Zola et son roman Germinal (émise en 1985), le général La Fayette (émise en 1987), Descartes (émise en 1991).
J’ignore la valeur actuelle de ces pièces d’argent, et cela me donne envie de me remettre à la numismatique (j’avais commencé à collectionner les pièces de monnaie quand j’habitais en Suisse).
J’ai trouvé également des boîtes métalliques décorées provenant de bonbons et de pastilles diverses. Il y a des gens qui font la collection de ces boîtes, j’en ai vu dans des brocantes. Certaines peuvent être très jolies (les bêtises de Cambrai).
Et dans l’une de ces boîtes, était rangée une autre collection étonnante : des plaques de vélo ! Ces plaques, ancêtres de nos plaques d’immatriculation, étaient la preuve que le propriétaire s’était bien acquitté de la taxe sur les vélos. L’origine de la plaque de vélo française est la loi du 28 avril 1893 selon laquelle les possesseurs de vélocipèdes sont redevables d'une taxe annuelle de 10 francs pour chaque appareil.
La première en ma possession date de 1899. Mon arrière-grand-père, Marie Nicolas Mouton, né en 1870, avait donc 29 ans. L’âge auquel on avait besoin d’un vélo pour se déplacer au travail, comme de nos jours les jeunes ont besoin d’une voiture.
La seconde date de 1916 et le nom MOUTON est gravé dessus. J’imagine que c’est le premier vélo de mon grand-père André Mouton. Né en 1896, il avait alors 20 ans.
Les suivantes datent de 1929, 1930, 1931 et 1932. Mon père, né en 1919, était encore trop jeune pour avoir une bicyclette. Ce sont donc les plaques du vélo de mon grand-père que mon père a collectionnées avec ferveur.
Mon père avait une âme de collectionneur. Il m’a transmis son goût pour collectionner toutes sortes de choses : les timbres, bien sûr (philatélie), mais aussi les "flammes" sur les enveloppes, les cartes postales, les boutons (ça, c’était plutôt ma mère), les fèves de galette des rois (fabophilie), les capsules de bouchons de champagne (placomusophilie), et les pièces de monnaie (numismatique). J’ai transmis ce goût de la collection à mon fils. Au moins, les efforts de mon père et les miens auront porté leurs fruits et les objets collectionnés ne seront pas dispersés et perdus (du moins, je l’espère). Quant aux petits-enfants, âgés de 8 et 13 ans, je ne sais pas encore. On verra !


jeudi 22 septembre 2016

La maison de mon grand-père

En 1920, mes grands-parents et mes arrière-grands-parents se sont installés dans la maison construite par mon arrière-grand-père Léon, maçon, 28, rue de la Prévoyance (aujourd’hui rue Max Dormoy), à Noisy le Grand (Seine Saint Denis). Cette maison se composait de huit grandes pièces : quatre au premier étage pour le jeune ménage, et quatre au rez-de-chaussée pour mes arrière-grands-parents.
Quelques années plus tard, mon grand-père André a décidé de construire sa propre maison. N’était-ce pas le rêve de tous ? En travaillant comme machiniste à la RATP, il a réussi, à force d’économies, à acheter un petit bout de terrain et il s’en est trouvé un à vendre, (459 m2), dans une rue parallèle à la rue de la Prévoyance, la rue Carnot, contigu à celui de son père. Une porte a été percée dans le mur mitoyen pour permettre de passer de l’un à l’autre. Le 7 juillet 1931, mon grand-père a fait une demande d’adduction d’eau à la commune de Noisy-le-Grand, qui lui a été accordée le 16 juillet 1931. Le branchement d’eau a coûté 544,55 francs de l’époque. Le compteur d’électricité a coûté 356,00 francs. Mon père avait 12 ans.
Aidé de son père et de son frère Alfred, maçon lui aussi, mon grand-père André a construit sa maison. C’était dur, car mon grand-père et mon grand-oncle avaient un autre métier à plein temps. Mais cette maison, c’était le rêve de mon grand-père. Être chez soi. Je pense, quand même, qu'il s’est tué au travail. La maison a dû être terminée en 1932. Mon grand-père est mort en 1938.

La maison était de dimensions beaucoup plus modestes que celle de mon arrière-grand-père Léon : deux pièces carrées en bas (sous-sol semi-enterré), un escalier extérieur avec un perron, au centre, sur le devant de la maison, et un escalier intérieur qui menait aux deux pièces du premier étage (salle à manger et chambre des parents). Un autre escalier, plus raide, conduisait aux chambres du grenier.
J’ai bien connu cette maison dans mon enfance, puisque ma tante Argentine, une fois mariée avec mon oncle Edouard, en 1937, y habitait encore avec leurs trois garçons et ma grand-mère Henriette, devenue veuve. Pour moi, c’était « la maison des cousins ».
Mon oncle, ma tante et mes cousins
devant la maison du grand-père

Cette maison a été le témoin de bien des bonheurs, mais aussi de bien des peines.
D’abord, il y a eu les années heureuses. Mon arrière-grand-mère Anna a gagné son pari et les jumeaux prématurés, qui avaient l’air si fragiles, ont atteint tous les deux l’âge adulte, se sont mariés et ont eu des enfants.
J’aimais aller « chez les cousins », accueillie par leur chien Bari, qui aboyait et sautait de joie comme un fou à notre arrivée, pour jouer avec eux dans le jardin aux cow-boys et aux Indiens, grimper dans l’abricotier et autres jeux de garçons auxquels je n’étais pas habituée. C’est dans cette maison qu’on se retrouvait pour le Nouvel An autour d’une grande table, trois générations réunies. Mes cousins, excités par ma visite, faisaient un tas de bêtises et étaient punis. Leur père les envoyait au coin et après la punition il fallait revenir en disant :
- Pardon Papa, je ne le ferai plus.
Et moi, j’essayais de me faire punir comme eux, pour occuper le quatrième coin !
Mon oncle Edouard, ma tante et ma grand-mère officiaient en cuisine. Je ne me souviens pas de toutes les bonnes choses que nous avons mangées, sauf une : le pâté de lapin en croûte. C’était la spécialité de ma grand-mère et il était délicieux !

Mais il y a eu aussi des années difficiles : en 1938, la mort de mon grand-père André, âgé de 42 ans seulement. Puis en 1940, la mort de mon arrière-grand-père Léon, âgé de 69 ans. Mon arrière-grand-mère Anna a perdu son fils et son mari en l’espace de deux ans.
Plus tard, une autre tragédie s’est abattue sur la famille : en 1958, ma chère tante Argentine (qui était aussi ma marraine) est décédée d’une leucémie, âgée de 38 ans, en laissant trois jeunes enfants.
Comme mon arrière-grand-mère Anna, ma grand-mère Henriette a eu la douleur de perdre son mari et son enfant, et mon père l’immense chagrin de perdre sa sœur jumelle. Il ne s’en est jamais remis. Il a conservé jusqu’à la fin de sa vie une rancune tenace contre la médecine et une haine profonde, viscérale, des médecins en général, parce qu’ils n’avaient pas réussi à sauver la vie de sa sœur.

Pour moi, cette maison est chargée de souvenirs. C’est la maison où mon père et sa sœur ont passé leur enfance, où mon oncle et ma tante, ont vécu de nombreuses années avec leurs trois enfants et ma grand-mère.

Bien des années plus tard, le 8 août 1980, c’est ma grand-mère qui est partie rejoindre ses aïeux. La maison a dû être partagée entre les héritiers (mon père et mes trois cousins). Une estimation pour la vente a été faite par une agence immobilière. Le terrain était bien situé, proche du RER de Bry-sur-Marne, mais la maison était en mauvais état et nécessitait beaucoup de réparations. Il aurait fallu faire des travaux pour la mettre au goût du jour (il n’y avait pas de salle de bain !).

Je n’imaginais pas à quel point mon père était attaché à la maison de son enfance. Il a racheté la part de sa sœur à ses neveux (mes trois cousins), et il est devenu propriétaire de la maison en 1983, à 63 ans. Malheureusement, il n’a pas fait, ni fait faire, les travaux d’entretien nécessaires pour la maison.
Il se contentait d’y aller de temps en temps, tout seul, faire le jardin (probablement en ressassant ses souvenirs). Comme il avait déjà son propre jardin  à entretenir au Perreux, mon père ne pouvait pas aller très souvent à Noisy.
 Dans le voisinage, on s’est aperçu que la maison n’était pas habitée, et un jour elle a été squattée. En 1987, la police est intervenue parce que les squatters avaient effectué un branchement d’électricité illégal directement sur un poteau. Les voisins se sont plaints aussi car le jardin était dans un état épouvantable à cause des squatteurs : sale, plein d’objets et de détritus. Mon père, âgé de 68 ans, a demandé à la police de faire évacuer les squatters, mais la police a refusé. Ce n’était pas leur problème ! La mairie non plus. Les agences immobilières mettaient des papillons dans la boîte aux lettres : « Plusieurs clients recherchent un pavillon dans votre quartier. Si vous êtes vendeur de celui-ci, contactez-moi le plus rapidement possible au numéro… Estimations sous 48 heures ». « Au cours de nos démarches, nous avons eu connaissance que vous étiez propriétaire d’un bien sis 34, rue Carnot à Noisy le Grand. Nous sommes à la recherche d’affaires pour nos clients. Au cas où vous seriez vendeur, nous vous serions reconnaissants de bien vouloir nous contacter. Nous sommes à votre disposition, etc. »
A la suite des plaintes des riverains, en avril 1997, mon père a été mis en demeure par la mairie (direction des services techniques) d’entretenir sa propriété. Une partie de la clôture avait été enlevée et le pavillon était squatté. Mon père avait 77 ans, il allait sur 78. Il ne se décidait pas à vendre. Il a reçu un rappel de la mairie le 12 mai, lui enjoignant de faire le nécessaire dans les plus brefs délais. Mon père n’a rien fait.
Pourquoi avait-il acheté cette maison, qui devait lui coûter cher (les impôts) ? Peut-être pour moi, sa fille unique chérie. Mais j’habitais au Japon, à l’époque, et je ne pensais pas revenir m’installer en France.
De plus, mon père ne m’en avait rien dit. Je n’ai su que beaucoup plus tard qu’il avait acheté cette maison.
Une dernière lettre de la mairie était vraiment alarmante : « La présence de rats, de détritus et le délabrement du pavillon provoquent pour le voisinage une insécurité et une insalubrité. Dans l’état actuel de l’ensemble de la propriété, il n’est pas envisageable que quelqu’un y habite. En effet, la propriété doit être clôturée et la maison doit être complètement fermée et murée. Dans le cas où ces nuisances viendraient à se poursuivre, je vous informe qu’un procès-verbal sera adressé à Monsieur le Procureur de la République. Je vous prie d’agréer… »
Finalement, le 1er octobre 1997, mes parents se sont décidés à vendre. Ils avaient beaucoup trop attendu. Quand mon père a enfin contacté les agences immobilières, la maison ne valait plus rien. Finalement, une société a racheté la propriété au prix du terrain et a fait raser la maison pour construire un entrepôt. Telle est la triste fin de la maison de mon grand-père,


jeudi 28 juillet 2016

Jeux d'enfants hier et aujourd'hui

Dans mon idée, c’était à nous, les grands-parents, de « transmettre » les choses du passé à nos descendants.
Mais en matière de jeux, la mode change vite et il me paraissait vain de raconter mes jeux des années 50 et 60 à mes petits-enfants.
Au fait, quels étaient ces jeux de mon enfance ?
Cerceau, corde à sauter, marelle, balles, osselets, yo-yo, diabolo, patins à roulettes. Il y avait aussi le manège et les balançoires (payants) et le tas de sable pour les plus petits. Excepté le cerceau et la marelle, plutôt utilisés par les filles, ces jeux étaient pratiqués par tous les enfants.
Pendant mes vacances à la montagne, j’avais découvert d’autres activités comme les échasses ou « cache-boîte », une variante des nombreux jeux de cache-cache. En échange, j'avais montré à mes amies savoyardes comment jouer au diabolo et j'avais appris à jouer de la flûte à bec à l'une d'entre elles.


A Paris, au jardin des Tuileries et au Luxembourg, les enfants faisaient naviguer un bateau à voile d’un bord à l’autre du grand bassin rond. Le loueur de bateaux possédait une grande perche permettant de ramener au bord les voiliers égarés (ils n’étaient pas télécommandés !). 
J’ai eu la surprise, pendant ces dernières vacances avec mon petit-fils Pierre, de voir qu’il pratiquait plusieurs de ces jeux. Il a participé avec son école à un atelier du cirque où il a appris à jongler à trois balles.
Quand j’étais petite, je jouais plutôt bien avec deux balles, soit contre un mur, soit en l’air. Mais je n’avais jamais appris à jongler avec trois balles et mes quelques essais s’étaient révélés plutôt piteux. Pierre m’a montré comment il fallait s’y prendre (il y a une méthode !). Il jongle déjà très bien. J’étais heureuse de retrouver l’atmosphère de mon enfance avec lui.
Ensuite, Pierre m’a raconté qu’il avait appris à jouer au diabolo. Ah ? Ce jeu était mon favori. En vacances dans le Massif Central, à La Bourboule, puis à Aussois, dans les Alpes, j’y jouais avec mon père. Face à face, nous lancions le diabolo très haut dans le ciel et le rattrapions à tour de rôle, sans jamais le laisser tomber (enfin, presque !). Je faisais tourner le diabolo de la main droite, dans le sens contraire des aiguilles d’une montre, et mon père le faisait tourner de la main gauche et dans l’autre sens, puisque nous nous faisions face. Que de bons souvenirs !
Mais il paraît que la technique est passée par là. Les nouveaux diabolos possèdent des roulements à bille et sont bien plus performants. Ils permettent de faire toutes sortes de figures difficiles et qui impressionnent le public. Bon ! Il faudra que je m’achète un nouveau diabolo et que je m’y remette. Pour les balles aussi, on trouve maintenant des modèles plus faciles à prendre en main. Je suis sûre que quelques exercices de jonglage sur la plage ou dans un pré seront une excellente gymnastique pour mes bras !
Les patins à roulettes à quatre roues ont été détrônés par les rollers, le cerceau s’est transformé en « hula-hop », la marelle n’a plus tellement la cote. Le Rubiks Cube a remplacé les jeux avec des touches qu’il fallait faire glisser une par une pour remettre en ordre les chiffres ou les lettres. Mais dans l’ensemble, les jeux de base demeurent. 



Côté transmission, je suis fière d’avoir enseigné la flûte à bec et le solfège à Pierre. Il a atteint un bon niveau et a commencé cette année à apprendre un nouvel instrument plus complet : la guitare. Mais d'un autre côté, c’est lui qui m’a montré que les balles de jonglage et le diabolo, les jeux de mon enfance, sont toujours à la mode. J’en suis ravie. La transmission se fait dans les deux sens !

vendredi 1 juillet 2016

Les archives et les généalogistes


Comme tout le monde, j’ai été amenée à effectuer mes recherches généalogiques en ligne sur différents sites des archives départementales. Certains existent depuis longtemps, d’autres n’ont ouvert que plus récemment. Certains offrent un grand choix, allant de l’état-civil jusqu’au cadastre, en passant par les recensements de population, les registres matricules, les tables de successions et absences et les documents iconographiques. D’autres, au contraire, semblent partager à regret leurs archives, limitent les périodes mises en ligne au strict minimum et interprètent les directives de la CNIL dans le sens le plus restrictif. Pourquoi ?
Dans certains départements, le seul fait de se présenter comme un généalogiste amateur semble susciter immédiatement la défiance.
Quelques services d’archives départementales vont jusqu'à imaginer que lorsque la plupart des documents seront mis en ligne, ils n’auront plus personne dans leurs salles de lecture et qu’à long terme leur existence même est menacée.
Cette attitude faite de méfiance et d’incompréhension n’a pas de raison d’être. Les généalogistes sont de la même espèce que les archivistes. Ce sont des chercheurs, intéressés par les documents anciens, qui tentent de reconstituer la vie de leurs ancêtres. Si au départ l’intérêt de consulter les archives en ligne est un gros avantage pour tous ceux qui sont éloignés géographiquement de leurs racines, il n’en demeure pas moins que cela n’exclut nullement le besoin de se rendre sur place pour effectuer ultérieurement des recherches plus approfondies.

aux AD de la Seine et Marne
Une attitude coopérative est donc doublement productive et montre aussi que les archivistes sont fiers de leurs fonds et heureux de les partager.
J’aimerais citer deux services d’archives qui ont été particulièrement obligeants :
1) Les archives municipales de Gennevilliers, qui m’ont envoyé par mail en un temps record la photo de l’acte de décès de mon arrière-arrière-grand-père (alors que parallèlement, d’autres AD me facturaient leurs photocopies).
2) Les archives départementales de la Seine et Marne. Beaucoup de mes ancêtres sont originaires de ce département et je fréquente assidûment leur site, qui est très bien fait et assez fourni. Récemment, ils ont modernisé la visionneuse à laquelle j’étais bien habituée. Il m’a fallu quelques minutes pour m’y retrouver, mais ensuite je me suis aperçue que les améliorations apportées avaient entraîné la suppression d’une fonction qui était très utile : « garder les réglages ». En effet, après avoir choisi avec le zoom un certain grossissement (65%, par exemple), il suffisait de cliquer sur « garder les réglages » pour feuilleter tout le reste du registre avec la même taille facilitant la lecture.
Déçue, j’ai envoyé un petit courriel aux AD pour leur expliquer mon problème. Après tout, peut-être que je n’avais pas trouvé le bon bouton !
Le lendemain, j’ai reçu un appel téléphonique d’une personne des archives, très aimable, qui m’a proposé de répondre à ma question. Avec beaucoup de patience, elle m’a commenté en direct, sur un exemple concret dans une ville de mes ancêtres, la nouvelle configuration du site. Elle m’a fait cliquer sur les différents boutons et m’a montré tout ce que l’on pouvait faire et ce que l’on pouvait obtenir.
Notre conversation est devenue un atelier pratique, qui a duré une bonne dizaine de minutes. J’ai découvert certaines fonctions et appris à en utiliser d’autres. J’étais vraiment contente. Mon interlocutrice m’a répété à plusieurs reprises que les archives départementales étaient à l’écoute des généalogistes, et qu’elle était très heureuse que j’utilise souvent leur site.
Quant à la fonction « garder les réglages », elle n’y est pas pour le moment. Il semble qu’elle n’ait pas été jugée importante. Mais la refonte du site n’est pas terminée et puisque les archives sont à l’écoute de leurs utilisateurs, j’ai cru comprendre qu’il était question de la rétablir dans les semaines qui viennent. Je crois fermement aux vertus du dialogue.

Les archives départementales de la Seine et Marne


Et cela me donne l’idée de refaire un de ces jours une petite expédition aux archives de la Seine et Marne,  à Dammarie-les-lys, près de Melun, un mardi ou un mercredi, afin de remercier de vive voix la charmante archiviste (en évitant la semaine du 15 au 21 août, qui est la date de fermeture annuelle). Voilà ! Je reprends mes recherches !

jeudi 26 mai 2016

Le mystère des frères Mouton s’éclaircit

Ce billet fait suite à celui intitulé « Des trouvailles inespérées grâce à mon blog ». Cette année, en effet, grâce à ce blog, j’ai obtenu de nombreuses informations cruciales qui me manquaient. Ces renseignements m’ont permis de combler certains trous dans le vaste puzzle familial virtuellement étalé sur ma table. Je suis très reconnaissante à mes correspondants de m’avoir aidée d’une manière désintéressée à reconstituer une partie de la vie de mes ancêtres émigrés à Key West, aux États-Unis.
Cependant, il reste encore de nombreux points d’ombre. Sur la fin de la vie d’Armand GRANDAY, je ne sais toujours rien. Où est-il mort ? Dans quel pays ? Et en quelle année ? Et puis, qu’est devenu Charles MOUTON Jr. ? Je savais que son père était revenu en France, à Montereau-Fault-Yonne, en 1920, pour faire soigner sa femme Juliette (Julia) qui était malade. Le jeune Charles, âgé de 16 ans, était avec eux. Charles père est décédé à Montereau bien des années plus tard, le 19 octobre 1957, âgé de 83 ans, mais je n’ai pas pu trouver l’acte de décès de sa femme. Quant à Charles Junior, étant né et ayant été à l’école à Key West, il devait être bilingue et peut-être même parlait-il mieux l’anglais que le français. Dans ce cas, il y avait de fortes chances pour qu’il soit reparti aux États-Unis. Mais comment le retrouver ? J’entrais dans la généalogie descendante, plus difficile que la généalogie ascendante car les actes récents ne sont pas disponibles.
J’ai demandé à mon correspondant de Key West, Corey Malcom, le Directeur archéologique de la Société Historique Maritime Mel Fisher, s’il savait ce qu’était devenu Charles MOUTON Jr. Apparemment, il l’ignorait. Il n’a gardé le contact qu’avec les descendants de Louis MOUTON, la famille POMERLEAU, qui sont restés aux États-Unis. J’espère d’ailleurs pouvoir communiquer avec eux bientôt.
Mais il y a quelques jours, j’ai reçu un curieux message sur mon blog. Un certain David m’écrivait qu’ « elle était très émue et surprise » de lire mes recherches sur les familles Granday et Mouton. Il (elle) pouvait me donner plus d’éclairage et de photos. Nous avons échangé notre adresse mail sur messenger et j’ai reçu une très longue lettre de la maman de David, peu experte dans les nouvelles technologies.
J’ai lu lentement et avec avidité cette lettre.
Quelle joie et quelle excitation en découvrant au fil des lignes tout un pan de la vie de cette cousine française inconnue ! Plusieurs morceaux du puzzle venaient s’emboîter exactement dans les espaces vides pour dessiner une histoire familiale rocambolesque.
Mais le plus étonnant, c’était que cette cousine, qui n’a jamais fait de généalogie, ignorait des faits sur sa famille que j’étais, moi, en mesure de lui apporter ! J’allais pouvoir enfin, à mon tour, aider quelqu’un à retrouver ses racines !
Cette cousine, Ghislaine Mouton (épouse Behar), c’est le maillon manquant qui relie le mystère des trois frères (je ne peux pas m’empêcher de repenser à l’album d’Hergé : « Tintin et le secret de la Licorne ». Vous savez ? « Trois frères unys. Trois licornes voguant de conserve au soleil de midy »). Bon. Je m’égare. Ce n’est pas tout à fait la même chose.
Pourtant, eux aussi, ils étaient trois frères, nés à Verneuil-l’Etang (Seine et Marne) :

Marie Nicolas MOUTON
(archives personnelles)

1 - Marie Nicolas MOUTON, dit Léon, mon arrière-grand-père, né le 12 novembre 1870, est le fils de Nicolas Marie MOUTON et d’Hermine Victorine Léonie GRANDAY. Hermine avait un jeune frère, Armand GRANDAY, cuisinier, né le 17 septembre 1833 à Fontenay-Trésigny. C’est lui qui est parti le premier aux Etats-Unis, où il a travaillé comme cuisinier, d’abord à New York, puis à Key West, où il a concocté une délicieuse recette de soupe à la tortue et créé la conserverie pour la mettre en boîte et la vendre. Marie Nicolas MOUTON, mon arrière-grand-père, a épousé Henriette Anna GARNIER. Ils n’ont pas voulu aller à Key West mais mon arrière-grand-mère Anna a entretenu une longue correspondance avec ses beaux-frères Louis et Charles jusqu’en 1913. Ils sont restés toute leur vie en région parisienne, où ils sont morts, lui à Noisy-le-Grand, et elle au Perreux-sur-Marne.

Louis Mouton
(archives familiales)

2 - Louis Marie MOUTON, né le 20 juin 1872, a épousé Georgina VERLOT en 1896 à Fontenay-Trésigny (Seine et Marne). Ils sont partis la même année rejoindre l’oncle Armand GRANDAY à Key West pour l’aider dans la conserverie de soupe à la tortue, où Louis a appris le métier. Ils ont eu une fille, Léona Marie MOUTON le 26 novembre 1896. En 1904, Armand GRANDAY, 71 ans, a vendu sa conserverie à Louis MOUTON, 32 ans, qui est devenu directeur. Mais en 1909, Louis MOUTON est brusquement tombé malade et il est mort à Key West, âgé de 37 ans. Georgina, devenue riche, est restée aux états-Unis, et a marié sa fille avec un Canadien naturalisé américain, Louis POMERLEAU. On trouve leurs tombes dans le cimetière catholique de Key West.

Charles Mouton (père)
permis de travail sur l'eau émis pendant la première guerre mondiale
(photo envoyée par Corey Malcom)

3 - Charles Alexandre MOUTON né le 27 mars 1874, a émigré aux Etats-Unis pour rejoindre son oncle Armand GRANDAY et son frère Louis en 1898. Il a épousé Juliette LADOUET le 30 janvier 1901 à Pontault-Combault (Seine et Marne). Elle l’a rejoint à Key West. Ils ont eu un fils, Charles Junior, né le 21 mai 1904 à Key West. Charles, le père, s’est fait naturaliser américain en 1913, âgé de 39 ans. Il semble donc qu’il avait l’intention de rester aux Etats-Unis. Il a travaillé comme « manager » de la conserverie, qui appartenait maintenant à Norbert Thomson, jusqu’en 1920. Mais sa femme Juliette (Julia) est tombée malade et ils sont rentrés en France pour la faire soigner. Ils ont acheté une maison à Montereau-Fault-Yonne. En 1924, Charles s’est fait enregistrer au consulat américain. Mais ensuite ? Que s’est-il passé ? Que sont-ils devenus ?

Charles Mouton Junior
permis de travail sur l'eau, émis pendant la Première Guerre Mondiale
(photo envoyée par Corey Malcom)

La suite de l’histoire, c’est ma cousine Ghislaine, la fille de Charles MOUTON Jr., qui me la raconte. Finalement, Charles Alexandre MOUTON père n’est pas reparti aux Etats-Unis. Son fils, Charles MOUTON Jr. est resté en France, lui aussi. Il est devenu « chauffeur » (en anglais), c’est-à-dire chauffeur de maître, au Ritz, à Paris. Avec sa belle voiture américaine, il conduisait des personnages importants en Italie, en Espagne, au Luxembourg, en Belgique. Puis il s’est marié avec Andréa VIRIL et ils ont eu quatre enfants, dont Ghislaine, la cousine retrouvée grâce à mon blog sur Internet !

Ghislaine prépare un court séjour aux Etats-Unis (la veinarde !) et tient absolument à passer à Key West pour la troisième fois. Dommage que nous ne soyons pas connues plus tôt ! Je l'aurais volontiers accompagnée là-bas ! D’autant que je parle anglais : nous aurions pu communiquer avec les propriétaires du restaurant le Turtle Kraal et avec Corey Malcom, le Directeur archéologique de la Société Historique Maritime Mel Fisher, spécialiste de la pêche à la tortue à Key West et de son déclin. Mais ce n’est que partie remise : j’espère bien aller à Key West l’an prochain avec Ghislaine et mes cousines Josette et Martine pour une « cousinade ». Un beau projet, n’est-ce pas ?